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Les clubs sont-ils responsables de leurs supporters ?


Les clubs sont-ils responsables de leurs supporters ?


Nouvel incident en Espagne

Un an après l’incident du botellazo qui avait vu l’entraîneur du FC Séville Juande Ramos recevoir une bouteille d’eau sur la tête lors du derby sévillan, le Betis se retrouve à nouveau sous les projecteurs pour un fait similaire. Une affaire qui repose la question de la responsabilité des clubs vis-à-vis du comportement de leurs supporters.

La connerie en bouteille
Samedi, stade Manuel Luiz de Lopera. Le club local, le Betis Séville, est mené au score (1-2) par l’Athletic Bilbao dans un duel de mal classés capital pour le maintien. David Lopez vient de donner l’avantage aux Basques, il ne reste que vingt minutes à jouer et le gardien de l’Athletic, Armando, s’apprête à tirer un six mètres. Le moment choisit par un supporter du Betis placé derrière le but pour lui lancer sa bouteille d’eau. Un geste comme il s’en produit trop souvent sur un terrain de foot. Sauf que cette fois l’idiot a particulièrement bien visé.

Touché en pleine face, et en particulier à l’œil, Armando s’écroule. Le sang commence à couler de son visage et il est évacué sur civière. Bilbao ayant déjà effectué ses trois changements, il ne peut être remplacé. L’arbitre de la rencontre, Clos Gomez, prend heureusement la décision qui s’impose : interrompre la partie. Ce malgré l’intervention du responsable de la sécurité, précise-t-il dans son rapport, qui serait venu dans son vestiaire lui demander de quel droit il avait agit sans son aval.

L'agresseur d'ArmandoIncidents récurrents
L’agresseur, Carmelo Peña Rodríguez, est vite ceinturé par plusieurs autres Beticos, conscients que la connerie de leur voisin de gradin risque de coûter cher au club. Conduit à la au commissariat de police, il a passé une nuit en cellule avant que sa fiancée ne trouve un avocat et règle les 3.000 euros réclamés par le juge pour sa libération. Il encourt deux à cinq ans de prison, mais risque de s’en sortir avec une peine-amende et une interdiction de stade de deux ans, comme le supporter qui avait touché Juande Ramos lors du derby sévillan.

L’an dernier, l’Espagne s’était offusquée de ce premier incident mais les sanctions prises à l’encontre du Betis avaient été pour le moins clémentes, la commission de discipline se contentant d’infliger au club andalou trois rencontres à huis-clos. Pis, le derby n’avait même pas été donné perdu sur tapis vert au Betis et les 33 minutes qui restaient à jouer avaient elle aussi été disputées sans public.

Cas isolé ou laxisme collectif ?
Cette fois encore, la direction du Betis implore que le club et les supporters ne soient pas sanctionnés par la faute d’un individu : "Armando a été une victime de l’incident, mais la grande victime est le Real Betis Balompié. Il faut souligner l’attitude du public et des socios qui ont arraisonné cet individu et l’ont remis aux forces de police. Notre public ne doit pas être punis pour ce fait isolé et nous demandons à ce que les minutes restantes soient rejouées."

Malgré la réaction honorable de ses supporters, le Betis ne peut toutefois pas s’exonérer de toute responsabilité dans l’incident. Surtout s’il se confirme que l’agresseur, qui n’est pas abonné au club, est rentré dans le stade avec la carte d’une… voisine ( !), comme le rapporte le quotidien AS, et que la bouteille lancé par l’énergumène était munie d’un bouchon. Sans parler du fait que les ramasseurs de balle du Betis ont tenté, sans succès, de subtiliser l’objet du délit, peut-on lire dans le rapport de l’arbitre.

On attend le drame…
Si les jets d’objets en tous genres sont malheureusement monnaie courante dans les stades espagnols (et un peu partout en Europe), il serait dangereux de ne pas frapper un grand coup afin de dissuader les spectateurs de passer à l’acte et de pousser les clubs à mieux contrôler l’entrée des enceintes sportives. Mais peut-être attend-on qu’un joueur, un entraîneur ou un arbitre décède après avoir reçu un projectile sur le crane. Ou perde un œil, comme cela aurait pu être le cas pour Armando ce week-end.

"J’ai senti mon œil éclater. C’était impressionnant", a expliqué le gardien basque au lendemain de son agression. "Mon œil a gonflé immédiatement, je voyais flou et la douleur était assez forte." Selon les médecins qui l’ont suivi, Armando présente une blessure à l’œil, une hyperémie conjonctive, une œdème derrière la rétine et un œdème de Berlin et devra observer un repos de plusieurs jours avant d’être à nouveau examiné.

Justice civile VS spécificité du sport
La commission de discipline de la Fédération Espagnole, qui s’est réunie mardi, a cette fois fait preuve d’un peu plus de sévérité en donnant match perdu au Betis et deux rencontres à disputer à huis clos. Une décision que le président Pepe Leon n’est pas disposé à admettre : "Villar [le Thiriez espagnol, NDLR] veut nous envoyer en deuxième division. Il est clair qu’il est en train de nous baiser." Traduction de Manuel Castano, le responsable du département légal du Betis : "Le Betis ne peut pas accepter les deux décisions prises aujourd'hui (mardi). Nous allons faire appel et nous irons jusqu'à un tribunal civil s'il le faut."

La justice ordinaire devra donc à nouveau répondre à une question cruciale dans la lutte contre les violences dans le football : un club peut-il être rendu responsable des agissements de ses supporters ? En 2006, un pompier avait perdu plusieurs doigts à Nice suite à l’explosion d’un pétard lancé depuis la tribune réservé aux Marseillais. Le coupable avait été condamné individuellement, et l’OM sanctionné d’un match à huis-clos. Mais le club Phocéen avait eu la décence de ne pas faire appel du jugement, pour ne "pas y ajouter une forme de confusion ou une polémique", avait commenté Pape Diouf. "La responsabilité morale qui est la notre et que nous avons revendiquée depuis le début trouve son prolongement dans cette décision de ne pas faire appel."

Reste à maintenant à trouver des moyens - préventifs et répressifs - pour éviter, autant que possible, que de tels faits se reproduisent dans des manifestations sportives. A moins que l’on considère qu’il ne s’agit là que de dommages collatéraux inévitables.

Edouard Orozco