Denrée inflationniste par excellence, le footballeur s’arrache parfois à prix d’or durant les périodes d’ouverture du marché des transferts. Surtout quand ses plus belles années sont devant lui. Mais lorsqu’il a dépassé son pic ou manqué de convertir les espoirs placés en lui, sa cotte descend plus vite qu’une voiture de sport. Et le manque à gagner peut s’avérer monstrueux pour les clubs qui ont acheté au plus haut.

Dans cette sélection non-exhaustive des onze moins-values les plus mémorables de l’histoire du mercato, qui fait forcément la part belle aux dilapidateurs historiques que sont le Real Madrid et le FC Barcelone, précisons tout de même que ceux qui ont coûté le plus cher ne sont pas forcément les plus risibles. Comme le Portugais Luis Figo, acheté 65 millions d’euros par le Real à un âge (28 ans) où une revente sans perte est quasi impossible, et qui aura fait rêvé le public du Santiago Bernabeu avant de rejoindre l’Inter. Tout le contraire d’un Severino Lucas, dont chaque but aura été facturé 2,5 millions d’euros l’unité au Stade de Rennais, pour ce qui reste la plus énorme gabegie de l’histoire du championnat de France. Allez nous dire, après ça, que le football n’est pas un monde de fou.

Luis Figo, entouré de Florentino Perez (à gauche) et Di Stefano, lors de sa signature au Real Madrid-65 M€ : Luis Figo. Arraché à son rival du FC Barcelone par le Real Madrid pour 65 millions d’euros, le Ballon d’Or 2000 perd sa place de titulaire au cours de la saison 2004-2005 au profit d’un autre galactique, David Beckham. Le Real pense le joueur cuit et le libère de son contrat. Figo en profite pour rejoindre l’Inter Milan gratuitement. Il y remporte trois Scudetti consécutifs. Titulaire indiscutable lors de ses deux première saisons en Lombardie, avant qu’une fracture au péroné ne l’éloigne des terrains, il est toujours considéré comme un élément clé du club, où il entame sa 4e année à l’Inter, désormais sous les ordres de son compatriote Jose Mourinho.

-34, 5 M€ : Ronaldo. Remis de ses problèmes de genou, le Fenomeno rejoint le Real Madrid le 30 août 2002, veille de la clôture du marché des transferts. Une traîtrise pour l’Inter, qui l’avait couvé pendant deux ans, qui coûte 42 millions au club Merengue. Ronaldo enfile les buts (104 en 177 matchs sous le maillot blanc), mais ne remporte qu’une Liga jusqu’en 2006-2007, saison du retour de Fabio Capello sur le banc madrilène. Barré par un nouvel arrivant, Ruud van Nistelrooy, le Brésilien se morfond sur le banc et est finalement transféré au Milan AC en janvier 2007 pour 7,5 M€. Six mois plus tôt, le club italien Milan en proposait 15. Mauvais timing.

-28 M€ : Denilson. Fort d’un statut de futur meilleur joueur du monde, Denílson de Oliveira Araujo devient le joueur le plus cher de l’histoire lorsque le Betis Séville débourse en 1998 la somme folle de 32 millions pour s’offrir les services du joueur de São Paulo. Champion du Monde en 2002 avec la Seleçao, il n’en restera pas moins l’un des plus gros fiascos de l’histoire des transferts. Auteur de 13 buts en 186 matchs pour la formation espagnole, Denilson atterrit à Bordeaux en 2005. Si le montant de la transaction est inconnue, on parle d’une indemnité inférieure à 4 millions d’euros. Au terme de son contrat d’un an chez les Girondins, il débute sa préretraite : Al-Nasr (Qatar), Dallas et retour au pays à Palmeiras. Un beau gâchis.

-25 M€ : Javier Saviola. Enième héritier de Maradona, Javier Saviola est encore un poupon de 18 ans lorsqu’il débarque au FC Barcelone sur les traces de Diego. Les 17 pions claqués lors de sa première saison semblent justifiés les 25 millions d’euros qu’on coûté son transfert en provenance de River Plate. Mais des changements d’entraîneur successifs et l’émergence auront raison du petit argentin, qui passe deux saisons en prêt à Monaco puis au FC Séville avant de revenir en Catalogne en 2006. Incapable de lui trouver preneur à un an de la fin de son contrat, le Barça se résout à le conserver dans son effectif. Au terme de la saison, il file chez le rival du Real Madrid pour nada. Encore une belle opération financière pour la maison Blaugrana.

Rivaldo (au centre), et ses partenaires de l'époque au Barça, Luis Figo (à gauche) et Sonny Anderson (à droite) -24 M € : Rivaldo. Après un passage d’un an à La Corogne, le natif de Recife débarque au Barça en 1997 où il doit compenser le départ de Ronaldo pour l’Inter. Acheté 24 millions d’euros par, Rivaldo rentabilise l’investissement en offrant deux titres de champion aux Blaugrana et joue au besoin sous infiltrations, comme lors du mémorable Barça – Valence (3-2) où il caque un triplé permettant au club de terminer à la 4e place de la Liga, synonyme de Ligue des champions. Ses relations avec Louis Van Gall, revenu au poste d’entraîneur en 2002, se détériorent. Et ce dernier le libère de sa dernière contrat, lui permettant de filer gratos au Milan AC. Une erreur que les dirigeants barcelonais ne voudront pas réitérer avec Ronaldinho, vendu au Milan en 2008 pour une vingtaine de millions d’euros avant d’avoir trop décliner.

-18 et -16 M€ : Juan Sebastian Veron. Lorsque Sir Alex Ferguson casse sa tirelire en 2001 pour s’offrir les services de Juan Sebastian Veron pour 34 millions d’euros, faisant de l’Argentin le joueur alors le plus cher de la Premier League, rares sont ceux qui se doutent du fiasco qui se prépare. Et pourtant. En deux saisons à Manchester United, le maître à jouer de la Lazio et de l’Albiceleste ne parvient pas à s’adapter au style de la Premier League et n’est pas épargné par les blessures. Vendu à quasiment moitié prix (18 millions d’euros) au Chelsea de Roman Abramovitch, la "Bruja" (sorcière) ne disputera que 7 matchs sous le maillot des Blues avant d’enchaîner les prêts à l’Inter Milan et à Estudiantes de la Plata, club argentin où il sévit toujours.

-16 M€ : Julio Baptista. Arrivé en provenance de São Paulo, Julio Cesar Baptista devient la nouvelle attraction de la Liga espagnole après deux saisons remarquables au FC Séville où il inscrit 38 buts en 63 matchs depuis le milieu de terrain. Le Real sort naturellement le chéquier pour et claque 25 millions d'euros pour le Brésilien. Au terme d’une première saison décevante où on ne lui fait pas vraiment confiance, "la Bestia" est prêté à Arsenal une saison puis revient faire encore banquette à Bernabeu. N’entrant plus dans les plans de l’entraîneur Bernd Schuster, il est bradé à l’AS Rome pour la modique somme de 9 millions d’euros.

Severino Lucas, une arnaque qui aura coûté 16 millions d'euros au Stade Rennais !-15 M€ : Severino Lucas. Eté 2000, le Stade Rennais de François Pinault est pris par la folie des grandeurs et signe un chèque de 21 millions d’euros pour un jeune brésilien promis à un glorieux avenir, Severino Lucas. Après une première saison pâlichonne (4 buts en 28 matchs de Ligue 1), et une seconde fantomatique (2 buts en 33 matchs), Lucas est prêté au pays pour se refaire une santé. Mais rien n’y fait, toujours aussi nul lors de son comeback en Bretagne (11 matchs et aucun but), il est finalement vendu au FC Tokyo pour un montant forcément resté secret mais qui tournerait autour des 6 millions d’euros. La plus belle gamelle réalisée par un club français.

-12 M€ : Nicolas Anelka. Acheté 600 000 euros au PSG par Arsenal, le prodige français revient au bercail en 2000 après un passage raté au Real Madrid. Entre-temps, la cote de Nicolas Anelka a grimpé et le club parisien verse 32 millions d’euros pour un joueur qu’il a formé. Avant d’en perdre encore 12 deux ans plus tard, en le revendant à Manchester City pour 20 millions d’euros, après que son second passage au Parc des Princes se soit soldé par un échec. Non vacciné, le nouveau président du PSG Charles Villeneuve a déclaré en 2008 qu’il espérait faire revenir un jour la star à Paris.

-10 M€ : Jonathan Woodgate. Défenseur promis à un grand avenir et recruté à prix d’or par Newcastle, Jonathan Woodgate voit le Real Madrid débourser pas moins de 20 millions d’euros pour sa pomme en 2004. Problème, l’espoir anglais déjà connu pour être un homme de verre se blesse en arrivant en Espagne et ne jouera pas le moindre match lors de sa première saison. Il portera le maillot blanc 12 fois la suivante, avant de rentrer au pays, où Middlesbrough met 10 M€ sur la table. Une belle arnaque à près d’un million d’euros le match pour le Real. Pas étonnant que Woody fut nommé pire transfert du 21 siècle par les internautes de marca.com.

-9 M€ : Walter Samuel. Arrivé au Real en même temps que Woodgate, le défenseur argentin n’aura pas vraiment connu meilleur destin que l’Anglais. Acquis pour 25 M€, celui qu’on surnommait "Il Muro" (le mur) à l’AS Roma se fissure à Madrid qui le revend un an plus tard à l’Inter pour 16 millions d’euros. Soit une moins-value de 9 M€ en 12 mois ! Un grand mystère que ce Walter Samuel, redevenu un des stoppeurs les plus sûrs du Calcio sous le maillot nerrazurro.

Edouard Orozco



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