Courtisé depuis plusieurs saisons par des clubs du Golfe Persique, Pascal Feindouno a finalement quitté Saint-Etienne pour rejoindre le championnat du Qatar et l'équipe d'Al-Saad, où il percevra un salaire de 2,5 M€ par an. Retour sur un phénomène qui secoue la planète foot.

Emirats Arabes Unies, Arabie Saoudite, Qatar. Telles sont les destinations à la mode pour les footballeurs désireux de se mettre à l'abri financièrement (ainsi que leur descendance) avant de raccrocher les crampons. Autrefois réservées aux pré-retraités (Weah, Boksic, Romario, Desailly ou Leboeuf ont notamment ouvert la voie), ces championnats à la qualité sportive douteuse attirent désormais des joueurs en pleine force de l'âge. Parfois même des internationaux qui pourraient relever des challenges plus glorieux dans des formations européennes où on ne touche pas non plus le Smic.

Feindouno lors de la présentation à son nouveau clubSi on peut concevoir que des joueurs médiocres originaires de familles pauvres ou des vétérans en fin de cycle aillent monnayer leurs services sous le soleil du Golfe persique, on a plus de mal à s'expliquer comme des talents reconnus comme Rafael Sobis, Pascal Feindouno ou Amara Diané préfèrent disputer l'UEA League ou la Qatari League. Plutôt que la Liga, le championnat de France ou la Coupe d'Europe. Peut-être parce qu'on ne veut pas entendre les arguments pécuniaires avancés par les intéressés. "A partir de maintenant, je veux assurer l'avenir financier de ma famille", expliquait Diané lors de son transfert du PSG à Al Rayyan, en juillet 2008. "Et seul un club Qatari peut me permettre de le faire."

Ce phénomène ne se limite pourtant plus aux championnats du Golfe. L'Ouzbékistan a ainsi fait son entrée dans la danse via le FC Bunyudkor en tentant de recruter Samuel Eto'o pour 40 millions d'euros. Bien que grassement payé par le FC Barcelone, le Camerounais s'est tout de même rendu sur place avant de décliner l'offre. Le vieillissant Rivaldo a lui cédé à la tentation. Comme le légendaire Zico pour le poste d'entraîneur du club. Suivant une logique similaire, d'autres quittent le plus grand club du monde pour s'enterrer dans la Major League Soccer américaine (Beckham au Los Angeles Galaxy) ou une formation de nouveaux riches (Robinho à Manchester City). Non, décidément, le ballon ne tourne plus rond.

Pascal Feindouno (27 ans) - Al-Saad
Après avoir refusé de rejoindre Al Hilal (Arabie Saoudite) en 2007, puis Al-Ain (Emiratas Arabes Unis) durant le mercato d'été 2008, le "Zidane Black" a donc fini par craquer devant la proposition du club Qatari d'Al-Saad. Le Guinéen n'était il est vrai plus dans son assiette depuis la dernière proposition d'Al-Ain. "Ça m'a perturbé quelques jours", concédait-il dans L'Equipe. "La proposition financière est telle... Si les deux clubs s'étaient mis d'accord, moi, je partais. Rendez-vous compte : on me propose 3 M€ net par an, c'est incroyable." Face au bras de fer récemment engagé par le joueur, Saint-Etienne a donc du se résoudre à le laisser filer à Al-Saad. Officialisée le 26 septembre 2008, la transaction (qui inclut le brésilien Nivaldo) rapporte 8 millions d'euros à l'ASSE. Feindouno percevra lui 2,5 M€ par an sous ses nouvelles couleurs.

Amara Diané (26 ans) - Al Rayyan
Notamment pisté par Newcastle, le joueur du PSG aurait pu suivre les pas de Didier Digard, autre joueur devenu indésirable dans la capitale et qui a atterri à Middlesbrough. L'international ivoirien a finalement préféré les pétrodollars d'Al Rayyan aux Livre Sterling de la Premier League. Une décision qu'il assume parfaitement et qui lui rapportera 2,5 M€ par saison. Au point d'avoir pris la défense de Feindouno concernant son départ de Saint-Etienne. "Pascal a fait un choix, il faut le respecter. Il n'a pas pensé qu'à lui. Il a pensé aussi à sa famille. Ici, c'est un choix de vie. Croyez-moi, il est très heureux d'être là, comme moi."

Rafael Sobis (23 ans) - Al Jazeera
Plus jeune joueur de notre sélection, cet international brésilien (6 sélections) était promis à une belle carrière sur le vieux continent. Vainqueur de la Copa Libertadores en 2006 avec l'Internacional Porto Alegre et récemment auréolé d'une médaille de bronze avec la sélection olympique brésilienne, ses choix douteux lui valent d'être considéré aujourd'hui comme un vulgaire pesetero (mercenaire en espagnol) par les supporters du Betis Séville. A l'origine d'accord avec le Milan AC, Sobis avait d'ailleurs rejoint le club espagnol en 2006 car il proposait un salaire plus avantageux. Non sans avoir été annoncé entre temps au Racing Santander. Pas étonnant, donc, que cette girouette ait succombé aux sirènes d'Al Jazeera.

David Beckham (32 ans) - Los Angeles Galaxy
Profitant de sa position de joueur libre, le "Spice Boys" a quitté le Real Madrid à l'été 2007 pour s'engager avec les Los Angeles Galaxy. Avec à la clé un contrat de près de 200 millions d'euros et une mission : rendre le soccer un peu plus sexy au pays du base-ball. Un an plus tard, les States se cognent toujours autant du ballon rond. Et Beck's vit lui un calvaire sportif sans nom au sein d'une équipe de bras cassés. Avant dernier de sa poule et non qualifié pour les Playoffs en 2007, le club végète cette saison encore en queue de classement. Bonjour l'American Dream pour un joueur loin d'être cuit puisque toujours convoqué en sélection anglaise.

Robinho a rejoint les nouveaux riches de Manchester CityRobinho (24 ans) - Manchester City
Coupe de tonnerre survenu à quelques heures de la clôture du marché des transferts européen, le départ de Robinho restera longtemps un grand mystère. En difficulté au Real Madrid, celui qu'on présentait comme le nouveau Pelé souhaitait rejoindre Luiz Felipe Scolari à Chelsea. Mais c'est chez les losers de Manchester City, fraîchement racheté par un Cheikh plein aux as, qu'il s'est finalement engagé en triplant son salaire. "Chelsea a fait une offre formidable que j'ai acceptée", expliquera-t-il deux jours plus tard avant d'être repris par les journalistes. Lapsus révélateur d'un joueur qui a signé n'importe quoi. Comme de par hasard, on a appris le 26 septembre que Robinho se séparait de son agent, Wagner Ribeiro.

Hakan Yakin (31 ans) - Al Gharrafa Doha
Bien connu en France pour son transfert avorté au PSG, Yakin n'est peut-être pas un Ballon d'Or en puissance. Mais sa patte gauche aurait sûrement pu faire le bonheur de bien des clubs européens, comme on a pu le voir lors de l'Euro 2008 dont il termina deuxième meilleur buteur ex-æquo derrière David Villa avec trois pions en trois matchs. Ce qui n'a pas empêché l'international suisse de s'engager dans la foulée avec le club qatari d'Al-Gharafa (anciennement Al Ittihad). Va comprendre, Charles.

Rivaldo (36 ans) - FC Bunyudkor
Vu l'âge canonique du bonhomme, on aurait pu épargner à l'ancienne star du Barça de figurer parmi ses mercenaires. Oui mais voilà, un Ballon d'Or (1999) en Ouzbékistan, c'est un peu comme si Pamela Anderson avait accepté de rejoindre Borat au Kazakhstan. Un truc de fou. Là où Eto'o a eu un éclair de lucidité, Rivaldo a donc cédé à l'appât du gain en s'engageant avec le FC Bunyudkor (ex-PFC Kuruvchi) : "Je demande pardon aux supporteurs de l'AEK, mais je ne peux pas refuser une telle proposition. La décision a été dure à prendre. Mais quelque chose de positif m'arrive en fin de carrière, et je ne pouvais pas ne pas y donner suite." Que dire de plus ?

Rivaldo en tenue traditionelle ouzbek
Edouard Orozco