Malgré le temps anglais qui régnait sur la cité lombarde ce mercredi, Manchester United ne sera jamais vraiment rentrer dans cette demi-finale de Ligue des Champions. Face à une équipe dont une bonne partie du onze de départ en a disputé trois sur les quatre dernières saisons, il y avait sans doute un manque d’expérience que la fougue de la jeunesse ne peut pas toujours combler. En ouvrant rapidement le score sur une nouvelle inspiration de
Kakà (10e), puis en doublant la mise à la demi-heure de jeu par ce vieux briscard de
Clarence Seedorf, le grand Milan n’a ainsi pas manqué de rappeler à son visiteur que sa réputation de tueur européen n’est pas usurpée.
Milan à l’anglaise
Si à Old Trafford Man U à l’habitude d’acculer son adversaire d’entrée avec son fameux pressing du coup d’envoi, comme on a pu le voir face à l’AS Rome au retour et Milan au match aller, les
Rossoneri n’étaient pas disposés à se laisser bousculer dans leur antre de San Siro. Après deux minutes de jeu, les Red Devils avaient déjà tremblés deux fois sur un centre tir de Kakà qui ne trouvait personne et une frappe de Seedorf détourné sous sa barre par
Edwin van Der Sar. "
On a joué comme des Anglais", dira après le match
Gennaro Gattuso au micro de Marcel Desailly. L’ancien joueur du Celtic Glasgow se sentait effectivement comme un poisson dans l’eau sous cette pluie diluvienne, lui qui avait manqué à ses coéquipiers après sa sortie sur blessure à l’aller.
Kakà répète sa leçon
Mais même sous l’orage, les génies aussi peuvent faire valoir leurs atouts. Ce que n’a pas manqué de démontrer le milieu de terrain milanais, et notamment son élément le plus offensif, Kakà, l’homme des grands rendez-vous pour le club lombard depuis le départ de Sheva. Après avoir alerté une première fois van der Sar sur une reprise du droit (6e), le prodige Brésilien trouvait la faille du gauche, sur une tête en retrait de Seedorf, d’un tir croisé petit filet qui ne laissait aucune chance au portier néerlandais et annihilait le maigre avantage obtenu par les Anglais sur leur terrain (3-2). Son dixième but dans la compétition et le troisième face aux mancuniens. A croire qu’ils n’avaient pas retenu la leçon du match aller.
Ronaldo dans l’étau
Côté Milanais, on avait en revanche bien compris l’importance du cas
Cristiano Ronaldo. Sur les rares ballons qui lui parvenaient, le Portugais se retrouvait encerclé immédiatement par deux adversaires et perdit un grand nombre de ballons. Il subit aussi quelques fautes et finit par s’énerver à mesure que le match lui filait entre les doigts, jusqu’à prendre un carton en fin de match pour un vilain tacle qui le privait d’une hypothétique finale athénienne.
Deux tirs cadrés pour Man U
Au delà de ce détail tactique, la domination des italiens était avant tout collective et ni
Wayne Rooney, ni
Ryan Giggs ne purent faire mieux que leur coéquipier. Au final, seuls deux tirs anglais parvinrent à trouver le cadre de
Dida. Les onze autres furent contrés par des jambes milanaises ou manquèrent de précision à l’image de cette frappe dévissée de Darren Fletcher qui gâcha à l’heure de jeu un des rares mouvements intéressants de son équipe.
Vidic, retour perdant
L’arrière garde de Manchester, où
Nemanja Vidic faisait son retour après un mois d’absence, fit également quelques cadeaux à son hôte du soir. Le défenseur serbe, qui n’avait donc pas eu à affaire à Kakà au match aller, en fit les frais sur quelques situations. Tout comme un
Gabriel Heinze décidément peu à l’aise depuis quelques semaines. Mais c’est bien une remise de la tête hasardeuse de Vidic qui permettait Seedorf de faire le break à l’entrée de la surface (30e).
Rooney bousculé dans la surface
Les Milanais relâchaient naturellement leur étreinte en seconde période et permettait à Man U de sortir la tête de l’eau pour placer quelques incursions dans le camp adverse. Mais à l’approche des trente mètres, la boutique était fermée et les Anglais devaient se contenter de deux coup francs de Ronaldo dans le mur en guise d’occasions de but. Sur un centre de
Michael Carrick, ils auraient toutefois pu obtenir un penalty pour une poussée de
Massimo Oddo sur Rooney qui tentait de reprendre le ballon en ciseau dans la surface (64e).
La revanche d’Istanbul
Difficile, pourtant, de parler d’injustice tant le Milan semblé maîtriser la rencontre, parachevant son œuvre d’un troisième but inscrit en contre par Alberto Giladino (78e), entré à la palce d’Inzaghi, alors que Louis Saha venait de faire son entrée et que Manchester se ruait éperdument en attaque. Les hommes de Ferguson ne méritaient peut-être pas de subir un tel score, mais la maturité tactique et technique de son adversaire a parlé ce soir. Ce n’est sûrement pas par hasard que le club lombard est sorti victorieux de dix des douze demi-finales auxquelles il a participé. Et face à Liverpool, son bourreau de la finale 2005 à Istanbul, la motivation n’en sera que plus grande le plus 23 mai prochain.