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FAQ football

Pourquoi les footballeurs n'ont pas tous la même taille ?




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  • (ou Ballack contre Gronaldo)

    La chose ne vous aura pas échappé ces dernières années : la mode est au grand gaillard, taillé en V et membré comme un chevreuil. Dans le football comme ailleurs (l'entreprise privée en général, la vente, le basket-ball, le mannequinat, le tennis, le volley, le basket...), il vaut mieux mesurer plus d'un 1m80 que d'être petit et ventripotent. Dans ce registre, l'Allemand Michael Ballack avec ses beaux cheveux noirs, son regard décidé, ses bras qui balancent en rythme le long de son buste puissant, son mètre 89 pour 80 kilogrammes 250 est une sorte de Dieu moderne du ballon rond, l'Apollon ultime des terrains, le prototype de ce qu'il faudrait donner à votre gamin, en matière de forme et de gènes, pour qu'il réussisse noblement dans la vie. Ballack est un seigneur du jeu, l'équivalent dans le domaine des comics d'un Captain America ou d'un Superman, le moule qui servira à créer les légions de futurs vainqueurs de la coupe du monde et relègue déjà le malingre Zidane (qui n'ose même plus offrir son maillot à ses adversaires) au rayon des antiquités. Lampard a cette allure là en un peu plus petit, et on compte de ses clones dans chacune des équipes encore en compétition.

    Et pourtant, si l'on considère la chose, on peut se rendre compte que le football est le seul sport de masse où l'on tolère encore à ce point les déviants : les petits, les nains (Ribéry, notre héros, ne fait que 1m70, Makélélé ment sans arrêt sur sa taille depuis qu'il sort avec Noémie Lenoir, Messi culmine à 1m69), les gros (Ronaldo à 94,7 kilos) et les géants (Vennegor of Hesselink, la tour de contrôle néerlandaise, Vieira, etc). Il y a dans le football une forme de tolérance au patchwork physique qui a été vaincue dans les autres sports majeurs. Finie l'époque où Michael Chang tenait tête à Lendl à Roland Garros. Le petit Santoro survit difficilement parmi les géants. Les Tom Pouce du basket-ball (souvent cantonnés dans des rôles de mini-meneurs) ont été jetés peu à peu des parquets US. Si le football résiste à l'invasion des joueurs formatés pour poser nus dans les calendriers annuels, c'est que le jeu se joue encore en trois dimensions. Le ballon roule en profondeur, à plat, en hauteur, d'avant en arrière, vite ou lentement. Le ballon vole de haut en bas, de droite à gauche mais souvent aussi en diagonale, de bas en haut. Il rase le sol, retombe, s'élève, glisse, vrille. Vous ne vous êtes sûrement jamais fait la remarque mais il est probable que le ballon de foot (c'est simple si vous considérez le tennis ou même le rugby) est la sphère sportive qui adopte le plus de positions de circonvolutions, celle qui a les mouvements les plus compliqués et les plus aléatoires. C'est pour cette raison (la troisième dimension intégrale du jeu) que les physiques atypiques y ont encore une place. Ballack ne peut pas couvrir le champ des possibles. Il lui faudra toujours un Lahm de complément, un Schweinsteiger pour faire l'appoint, comme il faut un Makélélé pour aller dans les coins, un Ribéry pour accélérer le jeu et prendre complètement la maîtrise de l'espace. Cela ne veut pas dire que le physique des joueurs de football échappe à la standardisation des corps à l'œuvre partout ailleurs, mais le football résiste et résistera tant que la surprise ira se nicher dans des perspectives improbables et que les matchs se gagneront dans les trous de souris (les coups francs, les dribbles surprises) plutôt que dans les grandes largeurs.

    Le maintien de Ronaldo dans le 11 du départ brésilien s'explique ainsi parce que Ronaldo, même empâté, peut surgir dans des espace-temps que les autres n'atteignent pas. Et la vitesse compte peu là-dedans. Contrairement aux autres sports, le football est un jeu où le joueur donne naissance à des dimensions parallèles, s'y projette et y perd l'adversaire. C'est comme si, sur un mouvement des chevilles, un passement de jambes, Ronaldo créait vingt centimètres cube qui n'existaient pas avant lui et y plaçait ses frappes. Gronaldo est quasiment aussi fort que Ronaldo. Ses super-pouvoirs sont intacts. Il produit du volume par sa masse, comme Rooney (qu'on pourrait surnommer Grooney, lorsqu'il dévoile son petit bidon) produit de la vitesse sur sa densité. Le football contre l'Histoire, et c'est l'un des ressorts de son succès populaire, est un sport de robots où les marginaux gagnent à chaque fois. (ou presque...).

    [Illustrations : © Imago/Panoramic]