/
/
/
Tout a commencé dans ce foutu refuge de montagne. L'idée de Ray n'était pas merdique pour une fois, même si la plupart d'entre nous trouvaient ça débile d'aller se cailler les miches dans un chalet alors que nous pouvions passer la soirée bien peinards à regarder la Nouvelle Star. La balade était plutôt sympa. Je viens de Boulogne sur Mer et je m'en tamponne des paysages de montagne. Cela me fait peur, ces vallées encaissées où l'on ne peut repasser d'un côté de la vie qu'en s'épinglant des aiguilles de deux mille mètres. Mais nous avons pris du bon temps. Zidane, TutuWilly ont monté le truc main dans la main, en plaisantant sur le dos de qui vous savez. Ils faisaient des bruits de pet avec la bouche sur chaque pas du sélectionneur et puis ils ont arrêté comme des gosses quand il s'est retourné en fronçant des macrosourcils. Thierry, Djibril et les autres avaient bien sûr mis leurs casques et écoutaient du rap ‘nb plein pot. Les batteries de mon i-pod étaient à plat, du coup, j'ai pu profiter des bruits de la montagne, qui sont en fait une absence de bruits, ou alors des sons d'aiguilles de sapins qui craquent ou de vent dans les herbes. Alors que nous approchions du refuge, je ne sais pas qui, au juste, a repéré le buisson de fleurs. C'est peut-être Vikash qui a dit en premier :
- Hé, les mecs, j'ai jamais rien vu d'aussi beau. Visez ça.
Nous avons accouru, pensant qu'il s'agissait de je ne sais trop quoi de spectaculaire : un hibernatus des neiges en forme de Sophie Thalmann ou alors un Thierry Roland fossile. Vikash se tenait là, debout, juste à côté de la crevasse, profonde d'une dizaine de mètres, et dont la bordure, comme un porte-monnaie de feutre, était ourlée de fleurs mauves. Le tapis de myosotis était épais et faisait le tour de la faille. Maké a immédiatement dit que cela lui faisait penser à une chatte, avec les fleurs à la place des poils et la roche à la place de... Nous nous sommes encore approchés et plusieurs d'entre nous se sont mis à caresser la surface des fleurs, comme attirés par leur pouvoir odorant. Fabien était le premier sur le coup. Lorsque sa grosse main chauve a touché les pétales, un nuage mauve s'est élevé et nous a peu à peu enveloppé. Titi a été pris d'une quinte de toux. Puis ce fut Vikash, puis David, Sylvain et Eric. Lorsque ce fut mon tour, j'ai senti les grains de pollen entrer en moi mais n'ai rien ressenti. Je n'ai pas éternué, juste ressenti un léger picotement et puis rien. Nous nous sommes attardés quelques minutes autour de cette curiosité. Alou et Sylvain ne semblaient pas pouvoir se détacher du bosquet. C'est Ray qui a dû intervenir pour leur demander de reprendre la direction du refuge.
Les comportements ont changé à partir de 21 heures. La première engueulade a éclaté autour de la popote. Zizou et Willy qui sont les meilleurs amis du monde ont eu un échange assez violent sur la cuisson des pâtes. Plus tard, c'est Fabien et Tutu qui se sont embrouillés au moment d'allumer le feu. Ray et le doc autour de la salle de massage en sont presque venus aux mains. De fil en aiguille, le refuge a été pris de folie. Lorsque nous avons pénétré dans le dortoir et que nous avons découvert le cadavre d'un lapin dans le lit de Fabien, nous avons tous pété un câble. Le gardien a foncé direct sur Coupet et l'a empoigné :
- Cette fois, tu fais vraiment chier, connard. Tu trouves ça intelligent, p***. Tu trouves ça bien, têtard.
Coupet s'est défendu. Il a essayé de dire que c'était pas lui, qu'il y était pour rien et qu'il fallait qu'il arrête de le faire chier, en plus de lui avoir chouré sa place de n°1. Barthez a pris les autres à témoin et a embrassé Coupet dans ses bras et lui a serré la colonne vertébrale de toutes ses forces. Je me suis précipité pour les séparer mais il m'a repoussé d'une taloche et j'ai valsé dans le canapé. Ils se sont battus puis Titi et quelques autres sont venus. Ils ont pris Coupet et l'ont plaqué sur le sol. Ils étaient comme fous. Ils l'ont couché sur le canapé et ligoté avec la sangle d'un sac à ballons. Fabien s'était relevé et essaya de lui remettre des jetons dans la face, tandis que l'autre, à moitié assommé, nous insultait à travers son bâillon.
J'ai tenté de ramener le calme dans l'assemblée en leur disant que ce n'était pas forcément la meilleure façon de créer la cohésion. Je ne connaissais pas d'exemple d'équipe dont la victoire s'était bâtie sur la torture et le sacrifice d'un des joueurs. Mais mes efforts furent vains. J'étais encore un bleu dans le groupe et incapable de retourner l'opinion des autres à ce degré de frénésie collective.
- C'est cet enfoiré qui met partout ces trucs vaudous, m'a craché Zizou à l'oreille. Il est temps de le faire payer.
Je n'avais jamais vu Zidane dans cet état. Lui si gentil et placide d'habitude, avait la bouche déformée par la colère et les lèvres bleuies par l'exaltation.
- Et si on l'interrogeait ?
C'est Trézéguet qui avait fait la suggestion. Lui qui était le plus timide d'entre nous et dont je n'avais quasiment jamais entendu la voix se révélait dans ces circonstances déplorables. La pupille de ses yeux occupait tout l'espace de ses globes oculaires et ses lèvres, comme celles de Zidane, étaient bleues et mordues de sang. C'est en observant Trézéguet que j'eus l'idée d'un empoisonnement ou d'une nouvelle manipulation, mais j'étais trop isolé pour changer les choses. L'ensemble de l'Equipe de France était possédé par la colère et se mit à torturer Grégory Coupet.
Le gardien n°2 fut amené dans une chambre du chalet, à l'abri de l'encadrement, et installé sur une chaise. J'assistais médusé aux premières minutes de l'interrogatoire avant de quitter la pièce devant la violence de ce qui se passait. Coupet fut déshabillé. Abidal lui enleva son sweat et son pantalon de survêtement. On lui noua les poignets et les pieds aux montants de la chaise. Thuram menait l'interrogatoire, lui laissant à peine le temps de répondre et de se justifier entre les agressions verbales et physiques qui s'ensuivirent. Je me réfugiai dans la pièce principale d'où j'entendis pendant près d'une heure des manifestations de colère, de mes coéquipiers, de souffrance du Lyonnais. Je ne sais pas la nature exacte de ce qui lui fut infligé ce soir-là. J'entendis des chants de supporters stéphanois, des coups de sifflet stridents, en même temps que des cris de joie et de triomphe, poussés par le groupe, lorsqu'il avouait un crime.
De temps à autre, un joueur de l'Equipe de France sortait de la chambre et venait me rejoindre dans le séjour pour boire un verre.
- Ca y est, me dit Willy, il a avoué pour les plumes et pour le lapin mort.
- Ah bon ?, j'ai fait.
- Tu savais que les mecs de l'OL se chargeaient à mort ? Il a parlé sur ça aussi. Il a tout déballé. Ce mec est le diable en personne.
Je savais que ces aveux là ne valaient rien et que Coupet avait tout intérêt à leur dire ce qu'ils voulaient entendre s'il voulait sauver sa peau. La domination de l'OL était telle sur le Championnat de France ces dernières années que les bruits n'avaient pas tardé à courir dans le milieu, en même temps que pointaient les jalousies. Mais était-ce la réalité ? Comme les autres, nous avions eu des soupçons devant leurs performances. Arrachée de cette manière, la confession de Grégory Coupet ne prouvait pas grand-chose.
Les esprits s'apaisèrent une heure après le début des hostilités. Les joueurs qui avaient participé au lynchage quittèrent la chambre et vaquèrent à leurs occupations comme si de rien n'était. Fabien, Gallas et Diarra s'attablèrent pour une partie de cartes. Thierry, Djibril et Maké branchèrent la console de jeux et ne tardèrent pas à s'endormir. Comme je pourrais le constater le lendemain, l'un des effets de l'empoisonnement était de changer la colère et la folie, quelques heures plus tard, en fatigue et en anéantissement de la volonté. Coupet fut relâché et s'avachit dans un fauteuil près de la cheminée. Il s'était rhabillé et paraissait groggy et absent. Je me suis approché de lui pour lui demander si ça allait.
- Je crois que je vais quitter le groupe, il me confia. Après ce qu'ils m'ont fait, je ne pourrais plus jamais porter le même maillot que ces mecs.
- Pense à tes gosses.
- Ils m'ont foutu un sifflet dans le cul. Ils m'ont demandé de souffler dedans.
En bas dans la vallée, j'imaginais nos familles endormies après une soirée passée à rire et à caqueter. Nos femmes, prises d'alcool, sur les balcons de l'hôtel, rêvant aux étoiles et à nos futurs exploits allemands.
- Il n'y a rien de plus beau et sacré qu'une Coupe du Monde, tu ne penses pas ?
Coupet a levé les yeux vers moi. Une larme a glissé sur sa joue et a atterri sur l'écusson en forme de coq de son pyjama Adidas France.
- J'ai longtemps pensé que le football était une affaire de fraternité et d'amitié.
- C'est cela aussi.
- Pas ici, il a soumaqué. Pas ici, Frank. Cette équipe n'en est pas une. J'ai connu des groupes qui ne marchaient pas fort mais pas à ce point.
J'ai pris sa tête entre mes bras et l'ai bercé pris par un mouvement d'affection étrange. Coupet s'est endormi comme un enfant battu et je l'ai allongé dans le canapé. Les autres dormaient eux aussi. Le staff était rentré de sa balade nocturne et je me suis couché comme si de rien n'était, entre Vikash et Zizou, qui ronflaient dans le dortoir. Par la fenêtre, je voyais briller les étoiles et scintiller une aiguille neigeuse à la lune. Demain serait un autre jour, j'ai pensé. Demain tout irait mieux.
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
Nationalites / + voir l'index foot
- le meilleur entraineur
- 3 victoire plus que douteuses!!!
- forza juve
- Quel Gachi. Domenec maitenu dans ses fonc...
- club foot loisir
Pourquoi Claude Makélélé est moins fort que Didier Deschamps