Banni par les lois du jeu et objet d'une vigilance particulière du corps arbitral depuis dix ans, le tacle assassin s'invite pourtant régulièrement dans les matchs internationaux. Il s'oppose par définition aux petites fautes à répétition, souvent préférables et utiles à l'équipe, voire stratégiquement bienvenues, par son caractère spectaculaire et peu rentable dans le foot d'aujourd'hui.

Pour caractériser un tacle assassin, un attentat, un tacle "au niveau du genou" ou "à la carotide" (plus rare), deux éléments sont nécessaires : la dimension événementielle (le tacle assassin surgit alors qu'on ne l'attend pas, il surprend l'adversaire, les spectateurs et parfois jusqu'à son auteur par sa violence) et l'intentionnalité (intention de nuire voire de détruire temporairement ou pour toujours un adversaire). Précédé d'un petit saut, le tacle assassin se pratique soit de face, à pieds joints largement décollés du sol de préférence, ou par derrière par un balayage à un ou deux pieds. Il s'applique sur la cheville ou le plat du pied, plus rarement sur le mollet ou le genou.
Historiquement, le geste a beaucoup muté en raison de son manque de rentabilité (il se traduit immanquablement par une expulsion). En 2006, et pour la Coupe du Monde, il est probable que les tacles assassins ne tueront pas grand monde, si ce n'est leurs auteurs. Les victimes savent sauter et pour la plupart évitent, lorsqu'elles se relèvent, le second piège implicite tendu par l'agression : la tentation de riposter par un crachat, un coup de boule ou une insulte. Dans ce cas, la victime se change alors en agresseur et les positions se renversent injustement. Pour la postérité, on honorera le seul vrai génie du foot, Diego Armando Maradona, victime le 23 septembre 1983 du plus célèbre tacle assassin de tous les temps, perpétré par le tâcheron Andoni Goicochea. Maradona fut évacué et salement blessé pour le reste de la saison. De cette blessure, il garda, selon la légende, la mauvaise habitude de prendre des anti-douleurs (puis d'autres substances) avant chaque rencontre. Le coupable, lui, conserverait comme un trophée la chaussure avec laquelle il commit son méfait.
Plus proche de nous, l'Irlandais Roy Keane, grand poète du tacle, brisa la jambe du Norvégien Haaland à l'occasion d'un derby entre Manchester United et City. En l'occurrence, l'acte était prémédité, en représailles à un tacle commis trois ans plus tôt par ce même Haaland. Alors que Keane se tordait de douleur, la cheville en bouillie, son agresseur se tint devant lui accusant le Mancunien de faire du cinéma. La vengeance de "Keano" fut aussi froide que terrible. Car il dut attendre 2001 avant de recroiser le gaillard et lui infliger sa punition. Dans son autobiographie, Roy Keane révéla un peu plus tard sa pensée : "J'avais attendu assez longtemps. Je lui ai fait vraiment mal. La balle était là (je crois). Prends ça, enfoiré. Et ne te dresses plus jamais devant moi en disant que je feins une blessure." L'Irlandais s'en tira avec une forte amende et 5 matchs de suspension.
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