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(syn. : "Dans les jardins")
Expression péjorative plutôt réservée au football amateur mais qui peut s'observer parfois (sans se décrire, de peur de perdre des spectateurs qu'on avait trompés jusqu'ici sur la qualité du match) dans le monde professionnel, elle consiste dans un mouvement de panique, souvent défensive ou de hargne guerrière (pour conserver un avantage mal acquis, par exemple, ou laisser passer l'orage) à dégager le ballon le plus loin possible en direction du ciel ou des tribunes.
Si la géographie des stades ne permet pas, comme au base-ball, que le ballon soit expédié par delà l'enceinte du stade en un coup victorieux, la chandelle, qui parfois retombe malencontreusement à l'intérieur du terrain, ou le dégagement dans les "eyllures" ont suffi longtemps à gagner du temps et à une équipe pour se replacer et se rassembler physiquement et tactiquement. La chandelle permet de fantasmer un temps sur la perspective d'un ballon qui ne retomberait jamais et en atteignant les limbes donnerait la victoire au défenseur paumé, absorbant tout le temps et le malaise qui vient avec sa conservation dans l'aire de jeu, entre des pieds plus habiles que les nôtres. En dégageant ainsi, on espère dans le même mouvement arrêter le temps, les souffles et les assauts adverses. On crie « au secours », tout en montrant qu'on a encore de la ressource, du courage et de la force pour résister. De la chandelle comme geste héroïque et érotique.
Dans une recherche du mouvement et du rythme, valorisée par la publicité et qui tend à faire du football un sport rapide, fluide et sans temps morts, les tenants du jeu ont dévalorisé ce geste pourtant subtil et tactiquement intéressant en équipant les bords de touche de ramasseurs de balle zélés et pré-pubères puis de ballons mis en réserve qui remplacent l'original parfois avant même qu'il soit sorti des limites du jeu. La chandelle s'est démodée et avec elle, les joueurs qui allaient avec. Je pense un brin nostalgique à un Eric Di Meco qui s'y connaissait, à un Bernard Casoni qui en abusait quand il jouait dans l'axe ou, plus célèbre encore, aux réactions ironiques que s'attirait le sous-estimé Frank Leboeuf quand il s'y amusait.
Avec la fin de la chandelle, est morte une certaine idée du football comme duel physique, copiée sur le rugby, une certaine idée de la sécurité défensive et de la maladresse plus ou moins intentionnelle. L'exigence d'une relance efficace est née assez tôt (dans les années 80 avec le jeu à la française notamment) et avec elle, l'émergence des défenseurs comme premiers attaquants. Ce sont ces mêmes joueurs qui en abandonnant cette particularité ont lancé le football moderne, lequel, c'est bien connu, est né par les latéraux.
Il est amusant de voir, parfois, comme sortie d'un autre âge, jaillir des tribunes des salves d'applaudissements pour un dégagement en touche spectaculaire, signe qu'il y a eu de la noblesse et de l'héroïsme, à jouer aussi frustrement et sans idée de manœuvre. De là à être un nostalgique de la chandelle, il n'y a qu'un pas qu'on ne franchira pas. Le geste reste un recours bienvenu dans les situations de grand désespoir mais qui ne saurait plus en aucune façon fonder un système de jeu.
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