Affectueusement surnommé "Monsieur Propre" du temps où il évoluait à Parme, Lilian Thuram nous renvoie au temps des défenseurs "à l’ancienne", peu adroits balle au pied et ne s’aventurant jamais hors de leurs bases. Plus connu pour ses tacles glissés que ses dribbles chaloupés, Thu-Thu aura pourtant su s'imposer comme un des meilleurs défenseurs de sa génération.
Le grand saut en ItalieCe compétiteur né a fait ses premières armes à Monaco, où il restera 6 ans, avant de rejoindre l’exigeant championnat italien. L’ancien des Portugais de Fontainebleau croit alors au projet de la Parma, qui veut rivaliser avec les plus grands clubs de Série A. Mais au bout de 5 saisons pour une seule participation à la Ligue des Champions, l’international répond aux appels du pied de la Juventus, impressionnée par les performances individuelles de ce "monstre" défensif élu meilleur joueur étranger (1997) et meilleur défenseur du calcio (1998). La "Vieille Dame" débourse même 35 millions d’euros, le record de l’époque pour un défenseur, pour s’attacher ses services !
Les plus grands moments de sa carrière, Lilian Thuram les aura pourtant vécu en équipe de France, où il devient un titulaire indiscutable à l'arrivée d'Aymé Jacquet au poste de sélectionneur. Aux côtés de Laurent Blanc, Marcel Desailly et Bixente Lizarazu, il formera même l'un des quatuors défensifs les plus redoutables de l'histoire du jeu. Avec ces quatre-là titulaires, l'équipe de France ne perdra pas le moindre match, de 1996 à 2000, et remportera successivement le Mondial 1998 et l'Euro 2000.
Le miracle de France - CroatieContraint à évoluer au poste de latéral droit par Jacquet alors que sa préférence va à l'axe, Thuram s'offre son moment de gloire le 8 juillet 1998, lors de la finale face à la Croatie. Coupable sur l'ouverture du score de Davor Sucker, le Guadeloupéen inscrit un doublé surréaliste qui offre la victoire et une place en finale à l'équipe de France. Les deux seuls qu'il marquera en 142 sélections sous le maillot bleu.
Suite au retraite de Blanc et Desailly, Lilian s'impose enfin dans l'axe, notamment lors du Mondial 2006, pour lequel il reprend du service après avoir pris sa retraite internationale suite à l'échec de l'Euro 2004. Associé à
Gallas, il mène l'équipe de la France à sa deuxième finale de Coupe du Monde mais échoue face à l'Italie aux tirs au but.
Le crépuscule de LilianAu top depuis 15 ans, le Français commence toutefois à baisser de pied. Recruté par le FC Barcelone, qui profite de la relégation de la Juve en Serie B dans le cade du scandale du Calcio, il ne s'imposera jamais vraiment en Catalogne, où l'entraîneur Frank Rijkaard le fait jouer avec parcimonie. Il reste toutefois un des joueurs essentiels de la sélection de Raymond Domenech, qui lui confie encore les clés de la défense lors de l'Euro 2008. Une compétition qui prend malheureusement des airs de chant du cygne pour Thuram, qui joue son dernier match avec les Bleus lors de la déroute face aux Pays-Bas (1-4).
Toujours motivé à exercer son métier, Thuram est sur le point de s'engager avec le PSG lorsqu'on décèle chez lui une malformation cardiaque héréditaire qui le contraint à annoncer définitivement sa retraite le 1er août 2008.
Né et élevé en Guadeloupe jusqu’à l’âge de 9 ans, le petit Lilian ambitionnait d’entrer dans les ordres avant de partir en métropole. Fasciné par la prêtrise, il renonça finalement à sa vocation en découvrant qu’il ne pourrait se marier et avoir des enfants.
France - Rép. Tchèque : 2-2, le 17 août 1994 (Bordeaux)
Plus adepte du tacle glissé que du double contact inter-exter, le Guadeloupéen formé à Monaco est pourtant rentré dans l’histoire en inscrivant un doublé hallucinant lors de la demi-finale du mondial 98 qui opposa la France à la Croatie. Coupable d’une erreur de placement sur l’ouverture du score de Davor Sucker, Thuram, qui évoluait alors sur le côté droit de la défense, s’était arraché pour apporter le surnombre et inscrire deux buts sur deux frappes en dehors de la surface, dont une du gauche ! Une performance d’autant plus improbable qu’à ce jour, ce sont ses deux premiers et deux derniers buts en bleu, et qu’il attendra la saison 2002-2003 pour marquer de nouveau dans une rencontre officielle ! On comprend mieux l’attitude de Thu-thu (à genou, le doigt sur la bouche et l’air incrédule) après son second but. Ce jour là il était sur une autre planète.